Une chasuble du XIII° siècle

Posted in Non classé on mars 11, 2005

Le Musée de Cluny, à Paris, conserve l’orfroi d’une chasuble provenant de Saint Vivant, par acquisition faite en 1852 de la collection du Dijonnais Baudot.
orfroi

Cette pièce est connue depuis le XVII° siècle quand dom Crevoisier, auteur de la Chronique de Vergy la décrivait ainsi :
En la sacristie est une chasuble d’ung drapt antique de soye blanche, gardé pour un monument d’antiquité, sur l’offroi derrière qui est ung tissu de broderye, En une croix est figuré ung autel et sur icellui ung calice, au devant ung prebstre à genoux revestu en chasuble ayant sur ses bras ung vesternent qu’il présente comme offrande, par dessus est escrit en lettres de broderye en lothograffe et ebriation suivant : Frater Petrus offerens super altare hoc vestimentum integrum sacerdotale`, et plus bas sont à genoux et priant le comte Manassès et la comtesse Hermengarde s’avisagant l’un l’aultre les bras étendus et mains jointes, et par dessoubs escript en lettres d’or comme dessus : Comes Manassès et Hermengardis comitissa hujus monasterii fundatores quod Vergeium dicitur illud Deo offerentes Sanctoque Viventio et beatae Mariae atque Sancto Petro62.
Cet orfroi de soie blanche, brodé d’or et rehaussé de rouge ou d’orangé, de bleu et de vert comporte trois scènes : en haut, la Vierge Marie assise tenant l’Enfant sur son genou gauche est accompagnée à sa droite de saint Vivant, en moine à large tonsure et priant, à sa gauche, de saint Pierre tenant sa clé. Tous trois sont assis sous un dais supportant un clocher et un cloître qui figurent sans doute le monastère de Vergy. Leur nom surmonte les personnages.

Le registre du milieu représente le frère Pierre (non identifié), avec couronne monacale et barbe offrant l’ornement dans une église ; le registre inférieur montre les deux fondateurs, dont le costume est doublé d’une four, rure, le vair, bleu et blanc. Un encadrement or et de soie multicolore encadre l’orfroi. L’ancien catalogue du Musée de Cluny mentionne cette pièce sous le N° 6.420 et la date du II siècle. On s’accordait de nos jours à l’assigner au XIII’ siècle. J’ai voulu avoir l’avis très autorisé de Mlle Michèle Beaulieu, conservateur au Musée du Louvre que je remercie ici.
Elle s’est attachée à dater les coiffures.
La résille bleue qui retient le chignon de la comtesse est un accessoire qui ne se généralise dans la mode féminine qu’à partir de 1250-1260. Le comte Manassès n’a pas de frange sur le front et ses cheveux de derrière la tête et des côtés retombent en boucles tournées sur un bâton à friser sans former le bourrelet ou boudin du début du XIII° siècle, Si bien que la coiffure et la barbe réunies m’amènent à dater de la fin du XIII’ voire des dix premières années du XIV° siècle..
Il me semble en outre que la Vierge assise, de la partie haute de l’orfroi, avec l’Enfant complètement déporté sur le genou gauche, évoque des statues du début du XIV° siècle, et non de la fin du XII’.
Enfin la technique même de la broderie, un passé empiétant extrêmement régulier et habile, invite également à dater des années 1280-1300.