Un intéressant récit!

Posted in Non classé on février 22, 2003

transmis par Mme Joëlle Hudelot, de la municipalité de Gevrey-Chambertin,

De la main de James VIOLLE (1876-1946)
Récit de deux promenades
faites au départ de FIXIN
L’une en 1889 à la Butte de VERGY,
et aux ruines de SAINT VIVANT,
l’autre en septembre 1890 au château de MONTCULOT

Partis de bon matin, papa, maman, Bernard et moi, nous ne tardâmes pas à atteindre Gevrey. Là, la route monte d’une gentille façon pendant une demi-heure : heureusement que l’on ne tarde pas à entrer dans les bois, dont les coupes viennent d’être terminées et qui sont peuplés de charbonniers. Nous atteignons le village de Curley, un des plus laids du pays, dont la saleté évoque en nous le souvenir des trous infects de la Haute Marne. De là nous gagnâmes Reulle, hameau bâti sur le penchant d’une vaste éminence que dominent les ruines de l’ancien castel des De Vergy .

Par une pente assez raide on arrive sur le plateau qui couronne le mont et là on est saisi d’une juste admiration pour le génie militaire de nos ancêtres. Du temps où Vergy était le nom d’une puissante famille, on ne pouvait passer dans la vallée sans le bon vouloir des châtelains dont le manoir inexpugnable dominait tous les environs.

Aujourd’hui on se fait encore une idée de l’importance du château par l’immense emplacement qu’il couvrait autrefois, emplacement borné par la nature et dont des tours en ruines marquent encore les limites. Ces tours, rasées au niveau du terre plein sont très visibles du coté de Concoeur et surmontent de 15 pieds les fossés, aujourd’hui bouchés. Au centre de l’esplanade s’ouvre, dans une dépression du terrain, une ouverture béante, puits à moitié comblé, mais dont la profondeur serait encore dangereuse au touriste que rien ne prévient du danger. Ce puits qui d’après la tradition communiquait avec les oubliettes dont tout château qui se respecte doit être muni, descend probablement jusqu’au niveau de la vallée circulaire qui entoure le monticule de Vergy ce qui représenterait mètres environ. Sur le revers opposé à Reulle se dressent les ruines imposantes de Saint Vivant, ancienne abbaye, accolée au château fort qui la protégeait. Tandis qu’à Vergy on a besoin d’imagination pour se représenter le donjon où résonnait le pas des hommes d’armes et les fers des palefrois, ici on a seulement besoin de regarder les ruines pour se représenter la vie de ces bons moines. Les ruines sont divisées en 2 parties : l’église et… la cave.

En descendant de Vergy on arrive d’abord à la chapelle. Les murs seuls ont résisté aux ravages du temps et permettent d’admirer un reste bien conservé d’architecture gothique dans les fenêtres bizarres, rondes à l’intérieur, carrées à l’extérieur. A l’endroit où se trouvait le chœur on pénètre dans un caveau, où reposent les restes des prieurs. De niveau avec la chaplle se trouve une grande et belle terrasse d’où la vue s’étend au loin dans la direction de Beaune. Cette terrasse domine le bas du monticule de 15 m et n’est autre chose que le toit de l’ancienne cave des moines, cave qui s’étend sur une grande étendue de terrain et comprend trois étages. L’entrée se trouve en bas : nous nous y rendons et pénétrons dans l’étage inférieur où, en fait de vin, se trouve juste une source d’eau limpide… bonne affaire pour un négociant. Plusieurs caveaux sont bouchés, d’autres ont été témoins d’éboulements, seule la grande salle inférieure, capable de contenir des foudres de 10 m de diamètre est en parfait état.

Nous sortons de la cave et gagnons, à l’est une fraîche grotte, adossée à un talus. A côté de la grotte s’ouvre l’entrée d’un souterrain dans lequel je m’engage avec un indigène. Les chauves-souris éteignent moult fois nos luminaires mais enfin, après avoir pataugé dans un égout, nous arrivons sur le derrière de la grotte d’où mes compagnons voyent nos bougies.

Toute la montagne est sillonnée de souterrains mais on les a tous murés ou bouchés à leur entrée de crainte d’accident.

Au sortir de ce souterrain la petite troupe, le ventre légèrement creux, descend rapidement à l’Etang Vergy, puis, par une pente assez raide qui semble fort longue à maman indignée contre les bornes kilométriques trop espacées, dit-elle, par ces crétins d’ingénieurs, nous arrivons à Semezanges et nous nous y arrêtons : depuis Ternant l’espoir d’une prompte réfection seul nous soutenait.

Nous nous installons dans une coquette auberge et tandis que l’avenante patronne nous fabrique une omelette nous exhibons d’un panier, dont le transport avait excité bien des murmures, du pâté et du saucisson. Nous mangeons de bon appétit : au dessert, comme intermède, le bébé de la maison nous apporte une boîte munie d’un trou lequel trou après qu’on y a introduit la modique somme de 5 cs laisse sortir un cigare et les sons harmonieux d’une boîte à musique.

Nous répétâmes plusieurs fois cette innocente distraction puis reprîmes notre fardeau allégé et le chemin de Chamboeuf. La chaleur est légèrement trop forte, heureusement qu’à partir de Chamboeuf nous suivons la « Grande route de Fixin » comme disent les (ou plutôt le) poteaux, aussi ne tardons nous pas à être de retour dans nos foyers, si contents de notre excursion que nous souhaitons au lecteur de trouver à notre prose le 1/10e du plaisir que nous avons éprouvé. Ce serait pour le narrateur un vrai succès.

MONTCULOT

Septembre 1890 36 kil.

Mr Albert Clémencey et sa mère viennent nous prendre à Fixin. Ils ont amené un tape-cul dans lequel on embarque les provisions. Le départ se fait si rapidement que papa, James et Bernard, sont crevés en haut de Fixin, tant le train a été terrible ! Ils montent eux aussi dans la voiture et en route à travers la friche, la route de Fixin à Clémencey n’ayant jamais existé que dans la cervelle des cartographes. Cahin-cahan, ballotés, secoués, moulus, brisés, nous arrivons à Clémencey où nous trouvons une vraie route. Ce n’était pas du luxe car, jusque là, le chemin était si mauvais que si nous avions emporté de la crème nous aurions trouvé du beurre. De Clémencey à Urcy, papa et nous deux Bernard firent une grande partie du trajet à pied, puis, montant dans le véhicule nous ne tardâmes pas à arriver à Montculot.