Un château et trois églises

Posted in Non classé on mars 11, 2003

Dès le milieu du XIX° siècle, le mont de Vergy où les hommes ne vivent plus depuis déjà longtemps devient un site romantique où l’on se promène parmi les vestiges de cette histoire.

Celle-ci est née au début de notre ère. Vergy signifie peut-être Domaine de Viridios, du nom d’un Gaulois romanisé. Des armes de l’époque romaine, des témoignages de la civilisation gallo-romaine illustrent ce passé. Plus tard, les Burgondes et les Francs s’établissent sur ce sol. Leurs morts étaient déjà enterrés à l’emplacement du cimetière actuel, sur la pente Nord du mont : vers 1900, on a trouvé là des sarcophages et des ornements de bronze, les uns du début du VI’ siècle, d’autres posté, rieurs à la conquête franque. Ce cimetière est christianisé au VII° siècle par l’implantation d’une église dédiée à saint Saturnin, martyr de Toulouse, œuvre probable de la famille de saint Léger, évêque d’Autun, dont le frère saint Guérin, comte de Paris et de Poitiers est lapidé en 674 sur le mont de Vergy, par ordre d’Ebroïn, Maire du Palais. Sans doute existe-t-il alors en cet endroit une forteresse qu’occupe au IX° siècle Manassès l’Ancien, comte de Chalon, de Langres et de Beaune, fondateur du monastère de Saint Vivant.

Vergy passe ensuite sous la dépendance directe du duc de Bourgogne Henri le Grand. Après la conquête du duché par le roi Robert le Pieux, celui-ci place dans la forteresse un châtelain, venant peut-être de l’lle-de-France. Le représentant le plus illustre de cette famille est l’évêque de Paris Humbert-Hézelin de Vergy, qui fonde au château l’église Saint-Denis vers 1030. Celle-ci est collégiale et elle accueille auprès d’elle des chanoines.

Seule descendante de cette famille, Elisabeth de Vergy possède des domaines qui s’étendent de la vallée de l’Ouche à la Saône, gouvernant un château où vivent une vingtaine de chevaliers. Vers 1160, la forteresse de Vergy est considérée par le roi Louis VII comme la meilleure de son royaume. Il l’offre d’ailleurs au pape Alexandre Ili, chassé de Rome pour qu’il s’y réfugie. Ses fortifications sont renforcées quelques années plus tard, juste à temps pour soutenir un siège du duc de Bourgogne. Le roi de France en personne, Philippe Auguste vient au secours de Vergy. Au XII’ siècle, les Sires de Vergy rebâtissent l’église Saint-Satumin telle qu’on la voit de nos jours, à l’exception des voûtes de la nef, construites au début du XVI’ siècle.
En 1198, la fille du seigneur de Vergy, Alix épouse le duc Hugues III de Bourgogne. Elle reçoit en dot le château, ainsi que toutes les possessions de son père en deçà de la Tille. En échange, celui-ci obtient Mirebeau sur Bèze et tout ce que les ducs possèdent alors au-delà de la Tille.
Avec les domaines des comtes de Beaumont-sur-Vingeanne, acquis par héritage, les Vergy sont désormais les maîtres de la région de la Vingeanne. Autrey-lès-Gray est alors une de leurs résidences favorites, avec Champlitte, Mirebeau et Fouvent, tandis qu’ils deviennent séné chaux de Bourgogne. Vergy et sa seigneurie font partie du domaine ducal. La duchesse Alix embellit le château en faisant construire cers 1220-1230 une nouvelle église pour les chanoines de Saint-Denis formant une collégiale, et elle veille sur Saint Vivant entré dans la dépendance de l’abbaye de Cluny. Deux cadets de famille, Yves de Vergy et Yves de Chazan deviennent d’ailleurs les abbés de cette grande Maison de Cluny, la plus importante du monde monastique au XIII° siècle. On leur doit notamment l’hôtel de Cluny à Paris.

Les Vergy tiennent un rang flamboyant à l’époque des Valois de Bourgogne, les grands ducs d’Occident. Jean de Vergy et Antoine de Vergy figurent ainsi parmi les tout premiers chevaliers de l’Ordre de la Toison d’Or. De la mort d’Alix en 1251 jusqu’à la fin du XVI’ siècle, le château n’est plus, sous l’autorité des gouverneurs, que le centre d’une châtellenie s’étendant sur Reulle, L’Etang, Segrois, une partie de Curley, Curtil, Quemigny-et-Poisot, Messanges, Semezanges, Morey et Chambolle, avec des possessions à Flavignerot, Couchey, Fixey, Gevrey, Clémencey, Villars, Fontaine, Meuilley, Echevronne et Changey, Chaux, Fussey et Bouilland. Au cœur du château se trouvent l’hôtel du duc, la collégiale Saint-Denis et les maisons des chanoines. Disparu aujourd’hui, le village de Vergy est limité au nord par l’église Saint Saturnin, et il existe un hameau près de Saint Vivant. Le moulin est à L’Etang, et des foires se tiennent entre Saint Vivant et le château. Le château de Vergy joue un rôle non négligeable pendant les troubles de la Ligue (fin du XVI°siècle). Aussi le roi Henri IV le fait-il démanteler et détruire en 1609-1610. Il n’en reste bientôt plus pierre sur pierre. La collégiale Saint-Denis est transférée à Nuits (Saint-Symphorien), Dans le même temps, Clériadus, dernier membre de la famille de Vergy meurt en 1625.
En 1740, le domaine est engagé (concédé temporairement par le roi) à L. G. de Massol, Seigneur de Collonges et de Bévy Les trois derniers moines de Saint Vivant sont dispersés en 1790, tandis que le minuscule bourg de Vergy (qui comprend encore une maison, l’église et la cure) devient le chef-lieu d’un canton réunissant les municipalités de Bévy, Chevannes, Curley, Détain, Curtil, L’Etang, Messanges, Saint Vivant, Segrois, Ternant et Vergy. En 1800, la loi du 28 Pluviôse, An VIII met fin à l’existence du canton de Vergy, en le rattachant à celui de Gevrey.