Le château de Vergy

Posted in Histoire on septembre 22, 2004

A l’ouest de la vallée de la Saône, entre Beaune et Dijon, s’élève une série de collines où sur l’une d’entre elles se fixa la dynastie des seigneurs de Vergy au début du XI° siècle. La fondation par Gérard de Vergy n’est pas datée, mais on sait que son arrière-petit-fils, Hugues de Vergy mourut en 1202 et que sa fille Alix, née en 1176, épousa en 1199 le Duc de Bourgogne Eudes III. Un autre repère est, sur la colline qui abrite le château seigneurial, la fondation en 1033 de la collégiale Saint Denis par Humbert Hézelin, seigneur de Vergy et évêque de Paris.
L’étymologie de Vergy par référence à un verger planté d’arbres fruitiers est discutable, car celle-ci provient du latin viridis donc sans lien phonétique avec le vocale Vergy. Avec verjus, suc acide extrait du raisin cueilli vert, ce n’est pas meilleur car, remontant au XIII° siècle, elle est postérieure à la fondation de la seigneurie. Vergé, qui caractérise les filets blancs ou filigranes des parchemins est un adjectif qui date du XII° siècle. Il reste le nom verge, du latin virga, qui dénomme la baguette servant à corriger et qui est bien en usage au XI° siècle. Ce vocable peut aussi symboliser la tige qui supporte la quintefeuille présente dans les sceaux de la Maison de Vergy.

Les armoiries des seigneurs de Vergy comportent trois quintefeuilles dont l’une des feuilles a sa pointe orientée vers cinq heures. Les sceaux et miniatures représentant cette quintefeuille montrent qu’il ne s’agit pas d’une rose comme dans les sceaux apparentés (Henri I° mort en 1263, Guy de Vergy élu évêque d’Autun en 1225, Clémence de Fouvent veuve de Guillaume 1° de Vergy 1263), mais d’une tige coupée transversalement et portant cinq feuilles triangulaires qu’on retrouve dans le sceau de Guillaume III (1382) ou de Guillaume IV (1504) ou encore de Jean de Vergy (1376). Cette figure est également présente dans les peintures de manuscrits représentant Jean de Vergy (1373) ou Antoine de Vergy (1375-1439).
On retrouve le même aspect de la quintefeuille et la même orientation dans le blason ornant le linteau d’une porte dans l’actuel village de Reulle Vergy et qui provient probablement des ruines du château.

La forme de la feuille s’apparente à celle de l’épinard. On songe à l’épinard sauvage (chenopodium bonus-henricus) dont les feuilles triangulaires sont fixées sur une tige ligneuse rougeâtre pouvant atteindre 1,50 m. Une coupe transversale de cette tige (verge) portant cinq feuilles étalées peut avoir servi de modèle à la quintefeuille. Le Qualitatif Bon – Henri ne se réfère pas au roi Henri IV, destructeur du château de Vergy, mais au nom allemand Guter Heinrich. Cet épinard sauvage, originaire d’Iran, a pu être rencontré par les seigneurs à l’occasion de la première croisade. On en trouve actuellement des spécimens à proximité de la colline de Vergy.

Le choix de la colline de Vergy pour y ériger un château fort peut évidemment être rapporté à la situation stratégique d’un éperon rocheux et à des falaises formant des murailles naturelles. Il provient aussi de la référence religieuse à la lapidation en 674 de Saint Guérin au lieu-dit Couhard situé à l’extrémité sud de l’emplacement où sera érigée l’enceinte fortifiée. Dés le XII° siècle, le roi Louis VII considérait Vergy comme la meilleure forteresse du royaume.

Entre 1183 et 1187, le duc de Bourgogne, Hugues III, chercha à s’emparer de la forteresse de Vergy qu’il assiégea sans succès car les sires de Vergy se mirent sous la protection du roi Philippe Auguste qui fit lever le siège. Mais finalement le fief revint pacifiquement au duc de Bourgogne par le mariage en 1199 d’Alix de Vergy et de Eudes III duc de Bourgogne, Alix de Vergy apportant le château en dot. On peut imaginer ces tractations sous la forme des sculptures naïves des trois chapiteaux qui ornent l’église Saint Saturnin de Vergy. Elles représentent respectivement un coq, un renard courant et un renard emportant une poule. Malheureusement pour étayer cette hypothèse, les voûtes d’ogives qui reposent sur ces culots datent de l’an 1500.

Dès 1023, seize chanoines s’installèrent au centre de la forteresse et y fondèrent le chapitre de Saint Denis de Vergy. Une église destinée à ce chapitre fut construite en arrière de la Maison seigneuriale. Cette première église fut remplacée par un édifice plus important fondée par Alix de Vergy. L’ensemble comportait une église d’une trentaine de mètres de long, un petit cloître accolé au côté sud de l’église, plusieurs maisons canoniales et un puits d’environ soixante dix mètres soit pratiquement la hauteur de la colline. L’abside fut construite sur une sorte de tour flanquant les remparts, l’actuelle tour Saint Denis.

A la mort de Charles le Téméraire en 1477, le château entre dans le domaine royal. Le roi Louis XI en fait don à Guillaume IV de Vergy-Autrey. Le domaine passe ensuite successivement sous la possession de Philibert de Vichy (1540), puis du ligueur le maréchal de Tavannes (1590). Le duc de Mayenne, deuxième fils du duc François de Guise, a reçu en 1573 le gouvernement de la Bourgogne. A la mort de son frère aîné assassiné en 1588, il devient en 1589 le chef de la ligue en rébellion contre le roi Henri IV. Celui-ci ordonna la destruction du château de Vergy en 1609.

Le château a été entièrement détruit entre 1609 et 1610. Ses pierres ont depuis servi à la construction de nombreuses maisons alentour.

Il ne reste que la base de la tour qui supportait l’abside de la collégiale Saint Denis.