Categorie: Histoire

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Les climats de Vosne Romanée


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La fondation du monastère de Vergy


Mais hélas ! peu d’années après, une vingtaine au plus, les bandes normandes dévastaient la Bourgogne et la retraite des moines était incendiée. La légende de saint Vivant attribue le méfait au chef Austin, personnage parfaitement historique qui dut sévir en 888 ou en 891. On a argué de ce fait pour fixer vers 890 la fondation de Saint Vivant de Vergy, car le comte Manassès aurait accueilli en son château les moines fugitifs. La réalité semble un peu différente. Manassès, nous dit le texte, après une vie bien remplie dans le siècle (il fut le principal lieutenant du duc Richard le Justicier), se souvint de ses péchés, et sur le conseil de son épouse Ermengeard et de son frère Gales, évêque d’Autun, et de ses nombreux amis qu’il comptait dans la noblesse, se mit à édifier un nouveau monastère, au diocèse d’Autun, en un lieu très sûr du mont qui porte le château de Vergy. Il y fit placer les reliques de saint Vivant et les corps de plusieurs autres saints. Ce monastère est dédié à la Mère de Dieu et au bienheureux Vivant.
Manassès mourut en 918. Son frère Gales fut évêque d’Autun de 894 à 919. Ermengeard leur survécut longtemps. Je crois impossible de préciser exactement l’année de la fondation de Saint Vivant ; ce fut entre 894 et 918.
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Saint-Vivant en Amous


D’après le livret de H. MOULINNEUF (Besançon)
Tous droits de reproduction réservés.
Un grand merci à la « mamie » de Saint-Vivant en Amous,pour son charmant accueil.

Le touriste qui, par curiosité ou par mégarde emprunte le che­min vicinal n° 4 « sur la gauche du chemin d’Auxonne à Dole (l’ac­tuelle N 5), à peu près à mi-chemin entre ces deux villes » comme le précisent déjà d’anciennes chroniques du moyen âge, ignore le plus souvent, en parcourant la rue principale du petit hameau de Saint-Vivant, si modeste en apparence, que c’est depuis plus de mille ans, que celui-ci est perdu dans les arbres, au confluent de deux ruisselets — autrefois riches en écrevisses, sous affluent de la Saônequi baignent « une riche et spacieuse prairie ».
Il est même émouvant pour qui a quelque attache avec lui, de lire dans les vieux grimoires qui remontent au Xe siècle la descrip­tion inchangée du site de la vieille abbaye bénédictine autour de laquelle ce village, jadis plus important, s’est groupé.
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Elle était située au bout du pays, et à côté de l’église se dressait, dit le manuscrit de la Chronique de Saint-Vivant « un grand corps de logis, d’environ cent pieds de long, avec, en l’étage du haut une cheminée au deux bouts, dans les pignons, le bas était divisé en deux allées propres à mettre le bétail — le bâtiment fait marque d’une grande antiquité, il est fait à chaux et ciment — le mortier faisant plus de résistance que la pierre — il a vue sur tous les côtés, sans aucune clôture, ni vestige de maçonnerie ».
La familiarité du mon de Saint-Vivant en tant que village estompe pour la plupart des gens de la région l’étrangeté de ce vocable, de ce saint qui n’a pas de place dans les calendriers.
Il porte. en lui, pourtant toute une histoire où la légende se mêle, bien sûr, à la réalité, comme tous les récits du passé qui per­mèttent à l’imagination de vagabonder, faute de textes précis.
La chronique manuscrite de Saint-Vivant et les textes consultés, permettent de reconstituer une biographie sommaire de ce Viventius — ou Vivant en français — qui aurait été un païen, né à Antioche en Syrie, converti au christianisme par saint Georges vers 285 au temps de Dioclétien, empereur romain des IIIe-IV’ siècles qui gouverna tout l’Orient et persécuta les chrétiens de 303 à 311.

Fuyant ces persécutions, Viventius aurait erré sur mer et abordé vers 360, les rives de la Vendée dont il aurait commencé l’évangéli­sation. L’évêque de Poitiers de l’époque saint Hilaire, l’accueillit avec le respect qui se devait à l’un de ceux qui avaient été les pre­miers à confesser leur foi au péril de leur vie.
Saint Hilaire lui fit don d’une ancienne fortification, le château de Gravion, dont le site est vraisemblablement occupé maintenant par le village de Saint-Vincent-sur-Gaon en Vendée et que le confes­seur transforma en petite église.
Bientôt rejoint par des religieux, il aurait vécu là au sein d’une petite communauté et serait mort à l’âge de 120 ans.
Les religieux l’auraient enseveli dans l’église et des miracles se seraient accomplis sur sa tombe. Ses restes seraient demeurés là, jusqu’à l’arrivée des invasions de l’Est et du Nord-Est, entre autres celles des Normands qui pillaient et ravageaient les côtes et bien au-delà, vers la fin du IX° siècle.

Pour mettre à l’abri les précieuses reliques « placées dans un coffre fermé, couvert de lames d’argent historiées contant les mira­cles et présentant l’image du saint en chasuble » les religieux les emportèrent vers le centre de la France jusqu’à Clermont en Auvergne où l’évêque de cette ville Algimarus ou Algimar les reçut avec dévo­tion. Mais ne les jugeant pas assez en sécurité dans ce lieu, d’accord avec son parent le Comte de Bourgogne, Manassès, il les fit transpor­ter dans un domaine qu’il possédait dans le Comté d’Amous en pays bourguignon et qu’il tenait de ses ancêtres, d’origine bourguignonne.

Ainsi naquit le premier monastère de Saint-Vivant-en-Amous ou en Amour « situé à quelques lieues de la rivière Saône, en un tel endroit si fourni que rien n’y défaillait, abondant en terres, près, vignes, eaux et forêts entièrement à la disposition du monastère ».
Algimar le dota aussi du patronage des églises de Champvans, Menotey, Auxonne, Labergement, Voisey (aujourd’hui en Haute-Marne), c’est-à-dire que ces paroisses lui devaient un certain nombre de redevances en nature et en espèces.
Autour de ce premier monastère se forma un centre de popu­lation agricole mainmortable, au pied du Mont-Roland, ce qui accrut encore la valeur du domaine donné par Algimar.

Malheureusement, à nouveau, vers 890, les Normands, dirigés par un chrétien renégat Austin ou Asting, descendant la Saône, attei­gnirent la région et la dévastèrent, détruisant le monastère.
La communauté des religieux se dispersa — certains s’établirent à Champvans mais sans monastère — d’autres, emportant la précieuse châsse trouvèrent refuge au Château de Vergy, perché sur une crête rocheuse, dans le diocèse d’Autun dont l’évêque Gales était le frère du Comte Manassès, possesseur dudit château, situé sur la rive droite de la Saône en Bourgogne française.

Manassès, peut-être pour obtenir le pardon des fautes de sa vie, offrit aux religieux la possibilité de construire un nouveau monas­tère accroché à la pente la plus abrupte de la colline qui portait le château. Ce fut le monastère de Saint-Vivant-sous-Vergy placé sous la protection de la Vierge Marie, de saint Vivant confesseur et de plusieurs autres saints. Il rassembla la plupart des Bénédictins de Saint-Vivant-en-Amous et fut doté de tous les biens que celui-ci pos­sédait, car c’était toujours la même congrégation transférée seule-ment d’un lieu à un autre.
Dès 1095 il fut affilié à l’ordre de Cluny avec le titre de « Grand Prieuré » à cause de sa richesse et de son importance et le prieur s’intitulait « Grand Doyen ».En 1178 une bulle pontificale le rattacha directement au Saint-Siège sous la direction de l’Abbé de Cluny.

Les revenus de ce Grand Prieuré furent toujours importants mais le nombre des religieux assez restreint, les documents en citent quatre au XVIIe siècle et au siècle suivant sept ou neuf. Cependant les bâtiments furent toujours entretenus et même rénovés au XVIIIe siècle.Pourtant un arrêt du Conseil du roi de 1788 supprimait la com­munauté de Saint-Vivant. Ses derniers religieux seront expulsés en 1790 et les biens, sécularisés et vendus comme biens nationaux. L’ac­quéreur du monastère en fit démolir la plus grande partie et en dis­persa les matériaux.Aujourd’hui, on peut encore voir les ruines de l’église envahies par les herbes et des pans de murs avec deux étages impressionnants de caves voûtées d’arêtes qui dateraient du XII’ siècle.

Quant au premier monastère de Saint-Vivant-en-Amous — celui qui nous intéresse — les ruines du IXe siècle semblent avoir été déser­tées jusqu’au XIIe siècle — époque où les religieux de Saint-Vivant­sous-Vergy reconstruisirent un prieuré peuplé de Bénédictins de l’ordre de Cluny — sans doute pour gérer l’exploitation de ce vaste domaine éloigné de la maison principale, et en collecter les redevances. En effet sa surface s’étendait sur les communes actuelles d’Auxonne, Billey, Labergement, Champvans, Sampans jusqu’à Rochefort, Menotey et Biarne ; des charges importantes lui étaient dues par ces paroisses ; les registres de la ville d’Auxonne, à titre d’exemple, soulignent les redevances exigées par le prieuré « un service de poissons pour cer­tains jours ; le tiers des amendes de la justice, le cens — c’est-à-dire l’impôt — sur les prés entre Auxonne et Labergement, sur la vente des boeufs à la Saint-Michel, la dîme des moulins et quatre livres de rente » ; il en était sûrement de même pour les autres paroisses inféo­dées au monastère. La comptabilité semble avoir été tenue avec assez de rigueur jusqu’au XIII’ siècle au moins. Un antiphonaire de cette époque porte en marge le nombre de « taillables » du pays, c’est-à-dire ceux qui payaient l’impôt individuel.

Le prieur avait aussi le droit de basse, moyenne et haute justicesur tous les hommes et femmes du territoire et le lieu-dit « les Four­ches » perpétue le souvenir de l’endroit où se dressaient les gibets.
Jusqu’au décret de 1123 les Bénédictins pouvaient desservir les paroisses, ainsi, à Champvans, les moines réfugiés du IX’ siècle aidèrent vraisemblablement à la célébration des offices, il en fut de même à Auxonne.
Ces privilèges furent maintenus en droit jusqu’à la Révolution de 1789.. Mais en fait, au cours des siècles ils furent singulièrement amputés et souvent peu honorés.

Il faut dire que le prieuré de Saint-Vivant-en-Amous fut parti­culièrement éprouvé au cours des XIIIe, XIV’ et XV’ siècles à la suite des épidémies et des guerres perpétuelles qui déchirèrent la contrée, guerre de 100 ans, guerre de 30 ans, guerre entre la France, et la comté rattachée alors à l’empire germanique, guerres de religions, guerres des vassaux entre eux, guerres des vassaux contre leur suze­rain et particulièrement celle qui opposa le Comte Etienne III et son suzerain le Comte palatin Otton de Méranie à propos de la seigneu­rie de Rochefort, que le premier voulait garder comme bien personnel et indépendant et lors de laquelle le prieuré de Saint-Vivant-en-Amous fut dévasté, au point qu’en 1227, le Comte de Méranie et sa femme jugèrent qu’ils se devaient de dédommager l’ordre de Cluny auquel il était affilié, en dispensant les hommes du territoire du droit d’Ost (guerre) et de chevauchée qui leur était dû.

Un document des archives du Pas-de-Calais daté de 1309 signa­lant un don de cent livres offert par Mahaut, comtesse d’Artois et de Bourgogne, à toute fin de réparer le moutier de Saint-Vivant qui s’effondrait, montre suffisamment l’état de délabrement du prieuré à cette époque.
Il apparaît d’ailleurs que les moines de ce nouveau prieuré ne furent jamais très nombreux — deux tout au plus — mais ils vivaient selon la règle de l’ordre. Un précieux antiphonaire (ou énorme missel) manuscrit du XIIe siècle — conservé à la bibliothèque de Dole — à peu près le seul témoignage spirituel de Saint-Vivant-en-Amous précise la liturgie à suivre pendant le temps réservé à la prière.
Pourtant la conventualité cessa d’y subsister à partir du XVI° — certains disent qu’il fut déserté dès la fin du XIIIe siècle.

Ses revenus furent attribués au collège Saint-Jérôme qu’un savant bénédictin du XV° siècle, prieur de Morteau et professeur de droit à l’Université de Dole fonda dans la partie basse de la rue du Collège, appelée alors rue de Morteau, et dont les bâtiments sont actuellement occupés en partie par les soeurs de la Visitation. Collège très important, rattaché à l’Université, où siégèrent les Etats de Franche-Comté pendant le XVI° siècle, il accueillait un cer­tain nombre de Boursiers dont un du monastère de Saint-Vivant-sous-Vergy.

Bien que, au cours des siècles, la règle de saint Benoît n’ait pas toujours été régulièrement observée dans beaucoup des monastères de l’ordre, les Bénédictins de Saint-Vivant-sous-Vergy, d’après les historiens, vivaient dans une grande régularité et possédèrent sans trou­ble les biens du prieuré de Saint-Vivant-en-Amous jusqu’au XVII’ siècle.A cette époque la ville de Dole décida de fonder un collège sous la direction des Jésuites, le Collège de l’Arc, le plus beau après celui de La Flèche paraît-il.
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Mais il fallait le doter de revenus, et la ville de Dole jeta son dévolu sur le prieuré tout proche de Saint-Vivant-en-Amous, entre autres. Ce ne fut pas sans difficultés d’ailleurs, Saint-Vivant-sous-Vergy désirant garder ce riche prieuré et ce ne fut qu’après une lon­gue controverse qu’on arriva à une entente : l’abbaye indépendante jusqu’alors, de Notre-Dame de Losne serait rattachée à Saint-Vivant­sous-Vergy, lequel céderait Saint-Vivant-en-Amous aux Jésuites de Dole. Les revenus du Prieuré seraient destinés à l’entretien de quelques Jésuites français — la Comté était alors terre espagnole — et retour­neraient au Collège Saint-Jérôme dans le cas où les Jésuites quitteraient Dole.
Le Saint-Siège et les parlements des deux Bourgogne sanctionnè­rent ces dispositions en 1614.
C’est vraisemblablement à partir de cette époque que la chapelle
actuelle fut aménagée. Sa longueur diminuée, la façade et le clocher refaits comme le suggère la décoration du portail.

L’intérieur dut être seulement restauré gardant ses trois nefs, ses piliers carrés et évidés, ses voûtes d’arêtes et ses statues anciennes auxquelles s’ajoutèrent les bustes curieux de saint Ignace et de saint François-Xavier, un calvaire du XVII° siècle et un autel de style baroque.

Le XVIII° siècle vit la décadence complète du prieuré avec l’ex-pulsion des Jésuites hors de France vers 1765, puis la Révolution de 1789 et la sécularisation des biens du clergé. En 1791 les biens du prieuré furent morcelés et vendus en parcelles à des étrangers au pays qui devinrent ainsi de petits propriétaires.

Le premier cadastre de Saint-Vivant de 1812, porte encore la mention de « Pré du Prieuré » aux terres qu’on appelle communé­ment maintenant le « Pré Gaillard » et dénombre 751 parcelles pour le territoire.
Les bâtiments conventuels furent démolis et les pierres servirent vraisemblablement à des constructions particulières.
Il y a une cinquantaine d’années on pouvait encore voir une puissante construction accolée au côté nord de l’église aux murs épais comme ceux d’une forteresse et qui était occupée au début du siècle, sans doute, par les descendants des premiers acquéreurs — elle fut démolie et les pierres vendues, il en reste l’emplacement et quel­ques vestiges — de même qu’on peut encore imaginer le cloître, sur la surface plane et rectangulaire au nord du cimetière.

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les dalles funéraires en avant du portail de la chappelle dévoilent les dimensions de l’ancienne église qui s’étendait sans doute au-delà des grilles du cimetière actuel, lequel devait être plus vaste aussi, car on a retrouvé par-ci, par-là, dans le passé, des ossements humains en labourant les champs environnants à plus de quarante mètres de rayon, paraît-il.
Quand au centre de population qui s’était formé autour du monas­tère au IX° siècle, il a donné naissance à un village dont la population n’a cessé de décroître au cours des siècles — des statistiques notent 120 habitants en 1790, 20 maisons en 1856 et bien des portes se sont fermées depuis — le vieux moulin a disparu, il ne reste, pour les initiés, que « la rue du moulin ».Enfin en 1824 l’administration en fit un hameau rattaché à la commune de Biarne, d’origine moins ancienne.Pourtant, contre toute attente, une sève nouvelle se remet à circuler et des constructions neuves surgissent un peu partout. Est-ce une renaissance ?…
Quoi qu’il en soit, ce petit village jouissait vraiment d’une vitalité singulière pour être encore signalé sur les cartes, après tant de dévastations, de razzias et de bouleversements, au cours des siècles.
Et comme le phénix, l’oiseau fabuleux, il semble renaître perpé­tuellement de ses cendres afin de témoigner de la résistance légen­daire comtoise au regard de l’histoire et des générations.

OUVRAGES CONSULTES

Chronique de Saint-Vivant, Ms 961, bibl. Dijon.
Antiphonaire de Saint-Vivant-en-Amous Biblioth. Dole.
Extraits d’Archives du Pas-de-Calais A255-1309.
TREVILLER Sequana monastica
Les abbayes de Franche-Comté.
D. PLANCHER
Histoire générale de Bourgogne.
L. GOLLUT
Mémoires historiques de la République séquanaise.
MARILIER Saint-Vivant-de-Vergy.
DHETEL
Abbaye de Notre-Dame de Losne et ses succursales.
BABET
Histoire de Champvans.
P. CAMP
Histoire d’Auxonne au Moyen Age.
PIDOU
Le vieux Dole.
ROUSSET
Dictionnaire historique géographique et statistique du Jura.

Le château de Vergy


A l’ouest de la vallée de la Saône, entre Beaune et Dijon, s’élève une série de collines où sur l’une d’entre elles se fixa la dynastie des seigneurs de Vergy au début du XI° siècle. La fondation par Gérard de Vergy n’est pas datée, mais on sait que son arrière-petit-fils, Hugues de Vergy mourut en 1202 et que sa fille Alix, née en 1176, épousa en 1199 le Duc de Bourgogne Eudes III. Un autre repère est, sur la colline qui abrite le château seigneurial, la fondation en 1033 de la collégiale Saint Denis par Humbert Hézelin, seigneur de Vergy et évêque de Paris.
L’étymologie de Vergy par référence à un verger planté d’arbres fruitiers est discutable, car celle-ci provient du latin viridis donc sans lien phonétique avec le vocale Vergy. Avec verjus, suc acide extrait du raisin cueilli vert, ce n’est pas meilleur car, remontant au XIII° siècle, elle est postérieure à la fondation de la seigneurie. Vergé, qui caractérise les filets blancs ou filigranes des parchemins est un adjectif qui date du XII° siècle. Il reste le nom verge, du latin virga, qui dénomme la baguette servant à corriger et qui est bien en usage au XI° siècle. Ce vocable peut aussi symboliser la tige qui supporte la quintefeuille présente dans les sceaux de la Maison de Vergy.

Les armoiries des seigneurs de Vergy comportent trois quintefeuilles dont l’une des feuilles a sa pointe orientée vers cinq heures. Les sceaux et miniatures représentant cette quintefeuille montrent qu’il ne s’agit pas d’une rose comme dans les sceaux apparentés (Henri I° mort en 1263, Guy de Vergy élu évêque d’Autun en 1225, Clémence de Fouvent veuve de Guillaume 1° de Vergy 1263), mais d’une tige coupée transversalement et portant cinq feuilles triangulaires qu’on retrouve dans le sceau de Guillaume III (1382) ou de Guillaume IV (1504) ou encore de Jean de Vergy (1376). Cette figure est également présente dans les peintures de manuscrits représentant Jean de Vergy (1373) ou Antoine de Vergy (1375-1439).
On retrouve le même aspect de la quintefeuille et la même orientation dans le blason ornant le linteau d’une porte dans l’actuel village de Reulle Vergy et qui provient probablement des ruines du château.

La forme de la feuille s’apparente à celle de l’épinard. On songe à l’épinard sauvage (chenopodium bonus-henricus) dont les feuilles triangulaires sont fixées sur une tige ligneuse rougeâtre pouvant atteindre 1,50 m. Une coupe transversale de cette tige (verge) portant cinq feuilles étalées peut avoir servi de modèle à la quintefeuille. Le Qualitatif Bon – Henri ne se réfère pas au roi Henri IV, destructeur du château de Vergy, mais au nom allemand Guter Heinrich. Cet épinard sauvage, originaire d’Iran, a pu être rencontré par les seigneurs à l’occasion de la première croisade. On en trouve actuellement des spécimens à proximité de la colline de Vergy.

Le choix de la colline de Vergy pour y ériger un château fort peut évidemment être rapporté à la situation stratégique d’un éperon rocheux et à des falaises formant des murailles naturelles. Il provient aussi de la référence religieuse à la lapidation en 674 de Saint Guérin au lieu-dit Couhard situé à l’extrémité sud de l’emplacement où sera érigée l’enceinte fortifiée. Dés le XII° siècle, le roi Louis VII considérait Vergy comme la meilleure forteresse du royaume.

Entre 1183 et 1187, le duc de Bourgogne, Hugues III, chercha à s’emparer de la forteresse de Vergy qu’il assiégea sans succès car les sires de Vergy se mirent sous la protection du roi Philippe Auguste qui fit lever le siège. Mais finalement le fief revint pacifiquement au duc de Bourgogne par le mariage en 1199 d’Alix de Vergy et de Eudes III duc de Bourgogne, Alix de Vergy apportant le château en dot. On peut imaginer ces tractations sous la forme des sculptures naïves des trois chapiteaux qui ornent l’église Saint Saturnin de Vergy. Elles représentent respectivement un coq, un renard courant et un renard emportant une poule. Malheureusement pour étayer cette hypothèse, les voûtes d’ogives qui reposent sur ces culots datent de l’an 1500.

Dès 1023, seize chanoines s’installèrent au centre de la forteresse et y fondèrent le chapitre de Saint Denis de Vergy. Une église destinée à ce chapitre fut construite en arrière de la Maison seigneuriale. Cette première église fut remplacée par un édifice plus important fondée par Alix de Vergy. L’ensemble comportait une église d’une trentaine de mètres de long, un petit cloître accolé au côté sud de l’église, plusieurs maisons canoniales et un puits d’environ soixante dix mètres soit pratiquement la hauteur de la colline. L’abside fut construite sur une sorte de tour flanquant les remparts, l’actuelle tour Saint Denis.

A la mort de Charles le Téméraire en 1477, le château entre dans le domaine royal. Le roi Louis XI en fait don à Guillaume IV de Vergy-Autrey. Le domaine passe ensuite successivement sous la possession de Philibert de Vichy (1540), puis du ligueur le maréchal de Tavannes (1590). Le duc de Mayenne, deuxième fils du duc François de Guise, a reçu en 1573 le gouvernement de la Bourgogne. A la mort de son frère aîné assassiné en 1588, il devient en 1589 le chef de la ligue en rébellion contre le roi Henri IV. Celui-ci ordonna la destruction du château de Vergy en 1609.

Le château a été entièrement détruit entre 1609 et 1610. Ses pierres ont depuis servi à la construction de nombreuses maisons alentour.

Il ne reste que la base de la tour qui supportait l’abside de la collégiale Saint Denis.

PublieHistoire on mars 14, 2003

Le monastère du XVIII° siécle Les projets


Ces lieux réguliers, maintes fois transformés et subdivisés en appartements quand on passa de la vie communautaire à un genre d’existence canonial, très mal entretenus au XVII’ siècle par la négligence de certains prieurs commendataires, restaurés toutefois par l’abbé Jacques Dufaure Ferrier (1678 1725) et son neveu Paul Ferrieu du Terrail, n’étaient plus au goût des religieux, au milieu du XVIII’ siècle. Ceux ci n’étaient pas nombreux : quatre seulement en 1678, ils étaient pourtant sept, puis neuf au siècle suivant, assez pour que la maison ne fût pas fermée à la suite des décisions de l’Assemblée du Clergé de 1761. Retenons ce nombre ; il est éloquent en considération de ce qui va suivre…

Le prieur commendataire, Jean Bonnafous du Terrail (1742 1790) ne souhaitait faire que des réparations, que propose le rapport de la visite des lieux en 1762 faite par Emiland Gauthey, sous ingénieur de la province de Bourgogne et Pierre Lacroix, architecte à Chalon. Les religieux, soutenus par le prieur claustral, le Dijonnais dom Godard, voulaient un monastère neuf, au goût du jour.

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Le prieur commendataire capitula t il ? On ne sait rien de ce qui se passa alors. Toujours est il que le 1er juillet 1764, l’architecte Vanot présenta deux projets. Lion, grandiose, proposait de reconstruire le monastère dans un nouvel emplacement ; la chose était nécessaire car le futur bâtiment déployait sur 60 mètres, de part et d’autre d’une église à chevet arrondi, deux ailes à étage, terminées chacune par un pavillon. L’autre projet, moins ambitieux, essayait de s’accommoder de l’emplacement antérieur, en conservant l’église. Il devait s’édifier à un niveau plus bas que l’ancien monastère, puisque son premier étage était de plain pied avec l’église. Ce projet ne fut pas réalisé, non plus que l’autre. Nous en connaissons le plan du premier étage et celui des caves, sous l’aile méridionale. Il comprenait à l’est un grand corps de logis une aile en retour était accolée à l’église, tandis qu’une autre aile lui faisait pendant au sud une galerie les reliait à leur extrémité occidentale en fermant la cour d’honneur ; une première cour desservait les communs.
Un troisième projet, dont nous n’avons pas les plans, proposait un véritable château déjà dans le style Louis XVI. L’élévation de la façade orientale et une coupe du bâtiment sont conservés à la Bibliothèque municipale de Dijon ; ils sont anonymes. Finalement, on s’arrêta sagement à un quatrième projet moins ambitieux, mais encore considérable, si l’on songe que le nombre de religieux diminuait sans cesse. Il fut l’œuvre de l’architecte Jean Antoine Caristie (1719,1770), qui en donna les plans en 1765 et passa contrat cette année là, le 28 décembre, avec le prieur commendataire et grand doyen, jean Bonnafous du Terrail et les dignitaires du monastère.
Il fut réalisé par le prieur claustral, le Dijonnais dom Godard, à partir de 1772, si l’on s’en dent aux indications de Courtépée. Le monastère ancien fut démoli complètement, église comprise ; les caves furent enlevées jusque dans leurs fondements. Un nouvel emplacement fut tracé ; raccourci au nord de toute la largeur de l’église, avancé au midi à l’alignement de la terrasse du jardin oriental, c’est à dire sur l’aplomb du scriptorium médiéval. Il mesurait 47 m. sur 41.
Au sud, on construisit avec des matériaux neufs et des pierres de l’ancien monastère deux étages de caves voûtées d’arêtes ; elles subsistent encore aujourd’hui. Celle du bas, longue de 34 m., correspond à la longueur de la cour intérieure. Sur le plan donné par Caristie, elle était suivie à l’est par une travée destinée à loger le pressoir. Celle d’en haut, aujourd’hui presque totalement effondrée occupait toute la longueur du bâtiment. Elle se continue en retour d’angle vers le nord par un couloir qui desservait une autre suite de caves.
Le plan complet, prévu en 1765, n’a jamais été entièrement exécuté. Il aurait dû comprendre quatre corps de bâtiments à un étage et greniers disposés autour d’une cour carrée. Au nord, l’église dont les ruines sont partiellement debout de nos jours, était un long espace rectangulaire arrondi aux deux extrémités, avec un petit caveau funéraire au centre. L’autel majeur était entouré des stalles des moines, à l’est ; deux autres petits autels s’alignaient le long des murs latéraux, ceux ci étaient décorés en stuc en deux bandeaux superposés, se style Louis XVI.

 

Quelques fenêtres rectangulaires s’ouvraient dans le bandeau supérieur, sous une cor niche. L’église était complétée à l’est par une sacristie surmontée d’un appartement au premier étage, sans doute une infirmerie d’où le malade pouvait suivre les offices par une tribune qui dominait le maître autel et qui s’ouvrait sur cet appartement. Le corps de logis qui faisait face à l’orient était orné de deux décrochements de la façade à ses extrémités, correspondant aux pignons des deux ailes nord et sud. Un grand escalier à volées droites en occupait le centre. Au rez de chaussée régnaient les services de la bouche : cuisine, office, procure, magasin et bûcher. Le premier étage comptait cinq appartements, Composés chacun d’une entrée, d’une chambre avec alcôve, d’un cabinet et d’une garde robe. Tous s’ouvraient, comme les services du rez de chaussée sur un grand couloir qui longeait la cour intérieure. Au midi, au dessus des grandes caves, on trouvait d’abord la salle à manger, puis un grand salon et un appartement, tandis que le premier étage avait une chambre pour domestique, composée seulement d’une chambre et d’un cabinet, sans alcôve ni garde robe, une salle de billard et encore un appartement. L’aile prévue du côté du couchant, et qui fermait le carré, n’a jamais été construite. Elle aurait dû abriter la résidence du prieur commendataire, avec cuisine particulière au sous sol et des chambres de réception.
En 1790, ce côté était fermé par une grille seulement. Nous ne savons pas si l’on construisit les communs et les divers bâtiments à l’entour de la cour aux foins, entre l’entrée principale et le monastère proprement dit. Il parait bien que le manque de ressources ait fait abandonner cette partie du projet primitif
De toute cette reconstruction, il ne reste plus que les deux étages de caves, dont l’accès est très dangereux, les caves de t’aile orientale et une grande partie des murs de l’église, tels qu’ils étaient encore il y a une centaine d’années. Les revenus (8.565 livres en 1742) étaient importants, sans être considérables, la communauté réduite et le prieur commendataire sans doute conciliant. Aussi les travaux furent menés rondement, sans toutefois qu’on ait achevé l’aménagement des abords avant la suppression de la communauté de Saint Vivant par arrêt du Conseil du Roi le 27 mars 1788. Puis survenait le 19 mars 1789, alors que quelques religieux habitaient encore le monastère, la sécularisation des maisons de L’observance de Cluny. A cette date, il ne semble rester que le prieur claustral, dom Jean Baptiste Trémolet et deux moines, Denis Marillet et François Admiral ; tous trois ont leur appartement à Saint Vivant, Ils en seront expulsés en juillet 1790.
Réserve fait des biens sous scellés de ces personnes, la vente des biens du ci devant monastère fut opérée en 1796. La visite estimative des lieux, du 25 messidor an IV (12 juillet 1796) révèle des bâtiments en bon état, sauf les faîtières des toits et l’église, menacée d’une ruine assez prochaine. On estima le tout pour une valeur de 3.500 francs, monnaie de 1790 ; ce qui est peu…
Avec les édifices on vendit le pressoir et quatorze cuves, d’une contenance totale de deux cents pièces, soit 45.600 litres (ce qui est beaucoup ! … ), les cintres qui avaient servi à la confection des voûtes des caves, de la vieille tuile creuse, de la chaux, 860 pieds courants (286 m) de marres (de quoi poser un certain nombre de muids … ) et 24 toises de pierre mureuse, soit près d’une centaine de mètres cubes. Ces matériaux étaient peut être destinés à compléter les constructions ; ils pouvaient aussi être les restes de l’ancien monastère.
L’acquéreur du monastère et des jardins fut Antoine Mollerat, maître de forges à Pellerey. Il fit bientôt démolir les parties bâties, sauf l’église ; la charpente alla recouvrir un de ses bâtiments à Pellerey ; la grille en fer qui fermait la cour se retrouve au château de Villars Fontaine ; l’horloge acquise à la fin du XVII° siècle et placée sur le pignon du transept sud, ou peut-être celle qui lui a succédé, fut emportée à Premeaux, et, dit Theuriet à qui j’emprunte ces détails, les balustrades, les colonnes, les consoles sculptées se rencontrent un peu partout… Peut être pourrait on, en cherchant bien, en retrouver quelques unes.
Seuls les murs de l’église et les caves demeuraient quand Félix Marey, de Nuits, rachète Saint Vivant en 1828 ; il revend le tout en 1854 à l’architecte Saint Père, qui avait son château à L’ Etang Vergy.
Les vestiges de l’ancien monastère ont été longtemps la propriété de la famille Saint Père à l’Etang Vergy et à Paris où elle possédait notamment le Théâtre du Vieux Colombier : ces architectes ont beaucoup construit en Bourgogne au XIX’ siècle. A la mort de Mme SaintPère, Groupama acquit ces vestiges en pensant les remettre à l’association des Amis de Vergy. Le projet ne se réalisa pas, et M. Daniel Bergdoll les acheta en 1985, tentant d’y recréer une activité viti vinicole qui n’eut pas de suite. Une mesure de protection au titre des monuments historiques intervint en 1992, en raison des menaces pesant sur le site. En 1996, le Domaine de la Romanée Conti en fit l’acquisition afin de préserver ce patrimoine.