Archive for February 2005

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Bulletin du centre d'études médiévales d'Auxerre


Une première campagne topographique avait permis en 2004 de faire une proposition de recalage du plan ancien (xviiie siècle) de cette abbaye avec le plan des vestiges subsistant. Il s’agissait alors de comprendre si la reconstruction à partir de 1765 de l’abbaye médiévale avait laissé suffisamment d’indices et de potentiel pour envisager une fouille portant sur l’origine du site, fondé vers 900 par le comte Manassès. Par la suite, l’abbaye deviendra un des importants prieurés de Cluny pour le Nord de la Bourgogne. L’étude de son temporel est en cours dans le cadre d’une thèse de doctorat à l’Université de Bourgogne (par Romuald Pinguet).
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Saint-Vivant en Amous


D’après le livret de H. MOULINNEUF (Besançon)
Tous droits de reproduction réservés.
Un grand merci à la « mamie » de Saint-Vivant en Amous,pour son charmant accueil.

Le touriste qui, par curiosité ou par mégarde emprunte le che­min vicinal n° 4 « sur la gauche du chemin d’Auxonne à Dole (l’ac­tuelle N 5), à peu près à mi-chemin entre ces deux villes » comme le précisent déjà d’anciennes chroniques du moyen âge, ignore le plus souvent, en parcourant la rue principale du petit hameau de Saint-Vivant, si modeste en apparence, que c’est depuis plus de mille ans, que celui-ci est perdu dans les arbres, au confluent de deux ruisselets — autrefois riches en écrevisses, sous affluent de la Saônequi baignent « une riche et spacieuse prairie ».
Il est même émouvant pour qui a quelque attache avec lui, de lire dans les vieux grimoires qui remontent au Xe siècle la descrip­tion inchangée du site de la vieille abbaye bénédictine autour de laquelle ce village, jadis plus important, s’est groupé.
chapelle
Elle était située au bout du pays, et à côté de l’église se dressait, dit le manuscrit de la Chronique de Saint-Vivant « un grand corps de logis, d’environ cent pieds de long, avec, en l’étage du haut une cheminée au deux bouts, dans les pignons, le bas était divisé en deux allées propres à mettre le bétail — le bâtiment fait marque d’une grande antiquité, il est fait à chaux et ciment — le mortier faisant plus de résistance que la pierre — il a vue sur tous les côtés, sans aucune clôture, ni vestige de maçonnerie ».
La familiarité du mon de Saint-Vivant en tant que village estompe pour la plupart des gens de la région l’étrangeté de ce vocable, de ce saint qui n’a pas de place dans les calendriers.
Il porte. en lui, pourtant toute une histoire où la légende se mêle, bien sûr, à la réalité, comme tous les récits du passé qui per­mèttent à l’imagination de vagabonder, faute de textes précis.
La chronique manuscrite de Saint-Vivant et les textes consultés, permettent de reconstituer une biographie sommaire de ce Viventius — ou Vivant en français — qui aurait été un païen, né à Antioche en Syrie, converti au christianisme par saint Georges vers 285 au temps de Dioclétien, empereur romain des IIIe-IV’ siècles qui gouverna tout l’Orient et persécuta les chrétiens de 303 à 311.

Fuyant ces persécutions, Viventius aurait erré sur mer et abordé vers 360, les rives de la Vendée dont il aurait commencé l’évangéli­sation. L’évêque de Poitiers de l’époque saint Hilaire, l’accueillit avec le respect qui se devait à l’un de ceux qui avaient été les pre­miers à confesser leur foi au péril de leur vie.
Saint Hilaire lui fit don d’une ancienne fortification, le château de Gravion, dont le site est vraisemblablement occupé maintenant par le village de Saint-Vincent-sur-Gaon en Vendée et que le confes­seur transforma en petite église.
Bientôt rejoint par des religieux, il aurait vécu là au sein d’une petite communauté et serait mort à l’âge de 120 ans.
Les religieux l’auraient enseveli dans l’église et des miracles se seraient accomplis sur sa tombe. Ses restes seraient demeurés là, jusqu’à l’arrivée des invasions de l’Est et du Nord-Est, entre autres celles des Normands qui pillaient et ravageaient les côtes et bien au-delà, vers la fin du IX° siècle.

Pour mettre à l’abri les précieuses reliques « placées dans un coffre fermé, couvert de lames d’argent historiées contant les mira­cles et présentant l’image du saint en chasuble » les religieux les emportèrent vers le centre de la France jusqu’à Clermont en Auvergne où l’évêque de cette ville Algimarus ou Algimar les reçut avec dévo­tion. Mais ne les jugeant pas assez en sécurité dans ce lieu, d’accord avec son parent le Comte de Bourgogne, Manassès, il les fit transpor­ter dans un domaine qu’il possédait dans le Comté d’Amous en pays bourguignon et qu’il tenait de ses ancêtres, d’origine bourguignonne.

Ainsi naquit le premier monastère de Saint-Vivant-en-Amous ou en Amour « situé à quelques lieues de la rivière Saône, en un tel endroit si fourni que rien n’y défaillait, abondant en terres, près, vignes, eaux et forêts entièrement à la disposition du monastère ».
Algimar le dota aussi du patronage des églises de Champvans, Menotey, Auxonne, Labergement, Voisey (aujourd’hui en Haute-Marne), c’est-à-dire que ces paroisses lui devaient un certain nombre de redevances en nature et en espèces.
Autour de ce premier monastère se forma un centre de popu­lation agricole mainmortable, au pied du Mont-Roland, ce qui accrut encore la valeur du domaine donné par Algimar.

Malheureusement, à nouveau, vers 890, les Normands, dirigés par un chrétien renégat Austin ou Asting, descendant la Saône, attei­gnirent la région et la dévastèrent, détruisant le monastère.
La communauté des religieux se dispersa — certains s’établirent à Champvans mais sans monastère — d’autres, emportant la précieuse châsse trouvèrent refuge au Château de Vergy, perché sur une crête rocheuse, dans le diocèse d’Autun dont l’évêque Gales était le frère du Comte Manassès, possesseur dudit château, situé sur la rive droite de la Saône en Bourgogne française.

Manassès, peut-être pour obtenir le pardon des fautes de sa vie, offrit aux religieux la possibilité de construire un nouveau monas­tère accroché à la pente la plus abrupte de la colline qui portait le château. Ce fut le monastère de Saint-Vivant-sous-Vergy placé sous la protection de la Vierge Marie, de saint Vivant confesseur et de plusieurs autres saints. Il rassembla la plupart des Bénédictins de Saint-Vivant-en-Amous et fut doté de tous les biens que celui-ci pos­sédait, car c’était toujours la même congrégation transférée seule-ment d’un lieu à un autre.
Dès 1095 il fut affilié à l’ordre de Cluny avec le titre de « Grand Prieuré » à cause de sa richesse et de son importance et le prieur s’intitulait « Grand Doyen ».En 1178 une bulle pontificale le rattacha directement au Saint-Siège sous la direction de l’Abbé de Cluny.

Les revenus de ce Grand Prieuré furent toujours importants mais le nombre des religieux assez restreint, les documents en citent quatre au XVIIe siècle et au siècle suivant sept ou neuf. Cependant les bâtiments furent toujours entretenus et même rénovés au XVIIIe siècle.Pourtant un arrêt du Conseil du roi de 1788 supprimait la com­munauté de Saint-Vivant. Ses derniers religieux seront expulsés en 1790 et les biens, sécularisés et vendus comme biens nationaux. L’ac­quéreur du monastère en fit démolir la plus grande partie et en dis­persa les matériaux.Aujourd’hui, on peut encore voir les ruines de l’église envahies par les herbes et des pans de murs avec deux étages impressionnants de caves voûtées d’arêtes qui dateraient du XII’ siècle.

Quant au premier monastère de Saint-Vivant-en-Amous — celui qui nous intéresse — les ruines du IXe siècle semblent avoir été déser­tées jusqu’au XIIe siècle — époque où les religieux de Saint-Vivant­sous-Vergy reconstruisirent un prieuré peuplé de Bénédictins de l’ordre de Cluny — sans doute pour gérer l’exploitation de ce vaste domaine éloigné de la maison principale, et en collecter les redevances. En effet sa surface s’étendait sur les communes actuelles d’Auxonne, Billey, Labergement, Champvans, Sampans jusqu’à Rochefort, Menotey et Biarne ; des charges importantes lui étaient dues par ces paroisses ; les registres de la ville d’Auxonne, à titre d’exemple, soulignent les redevances exigées par le prieuré « un service de poissons pour cer­tains jours ; le tiers des amendes de la justice, le cens — c’est-à-dire l’impôt — sur les prés entre Auxonne et Labergement, sur la vente des boeufs à la Saint-Michel, la dîme des moulins et quatre livres de rente » ; il en était sûrement de même pour les autres paroisses inféo­dées au monastère. La comptabilité semble avoir été tenue avec assez de rigueur jusqu’au XIII’ siècle au moins. Un antiphonaire de cette époque porte en marge le nombre de « taillables » du pays, c’est-à-dire ceux qui payaient l’impôt individuel.

Le prieur avait aussi le droit de basse, moyenne et haute justicesur tous les hommes et femmes du territoire et le lieu-dit « les Four­ches » perpétue le souvenir de l’endroit où se dressaient les gibets.
Jusqu’au décret de 1123 les Bénédictins pouvaient desservir les paroisses, ainsi, à Champvans, les moines réfugiés du IX’ siècle aidèrent vraisemblablement à la célébration des offices, il en fut de même à Auxonne.
Ces privilèges furent maintenus en droit jusqu’à la Révolution de 1789.. Mais en fait, au cours des siècles ils furent singulièrement amputés et souvent peu honorés.

Il faut dire que le prieuré de Saint-Vivant-en-Amous fut parti­culièrement éprouvé au cours des XIIIe, XIV’ et XV’ siècles à la suite des épidémies et des guerres perpétuelles qui déchirèrent la contrée, guerre de 100 ans, guerre de 30 ans, guerre entre la France, et la comté rattachée alors à l’empire germanique, guerres de religions, guerres des vassaux entre eux, guerres des vassaux contre leur suze­rain et particulièrement celle qui opposa le Comte Etienne III et son suzerain le Comte palatin Otton de Méranie à propos de la seigneu­rie de Rochefort, que le premier voulait garder comme bien personnel et indépendant et lors de laquelle le prieuré de Saint-Vivant-en-Amous fut dévasté, au point qu’en 1227, le Comte de Méranie et sa femme jugèrent qu’ils se devaient de dédommager l’ordre de Cluny auquel il était affilié, en dispensant les hommes du territoire du droit d’Ost (guerre) et de chevauchée qui leur était dû.

Un document des archives du Pas-de-Calais daté de 1309 signa­lant un don de cent livres offert par Mahaut, comtesse d’Artois et de Bourgogne, à toute fin de réparer le moutier de Saint-Vivant qui s’effondrait, montre suffisamment l’état de délabrement du prieuré à cette époque.
Il apparaît d’ailleurs que les moines de ce nouveau prieuré ne furent jamais très nombreux — deux tout au plus — mais ils vivaient selon la règle de l’ordre. Un précieux antiphonaire (ou énorme missel) manuscrit du XIIe siècle — conservé à la bibliothèque de Dole — à peu près le seul témoignage spirituel de Saint-Vivant-en-Amous précise la liturgie à suivre pendant le temps réservé à la prière.
Pourtant la conventualité cessa d’y subsister à partir du XVI° — certains disent qu’il fut déserté dès la fin du XIIIe siècle.

Ses revenus furent attribués au collège Saint-Jérôme qu’un savant bénédictin du XV° siècle, prieur de Morteau et professeur de droit à l’Université de Dole fonda dans la partie basse de la rue du Collège, appelée alors rue de Morteau, et dont les bâtiments sont actuellement occupés en partie par les soeurs de la Visitation. Collège très important, rattaché à l’Université, où siégèrent les Etats de Franche-Comté pendant le XVI° siècle, il accueillait un cer­tain nombre de Boursiers dont un du monastère de Saint-Vivant-sous-Vergy.

Bien que, au cours des siècles, la règle de saint Benoît n’ait pas toujours été régulièrement observée dans beaucoup des monastères de l’ordre, les Bénédictins de Saint-Vivant-sous-Vergy, d’après les historiens, vivaient dans une grande régularité et possédèrent sans trou­ble les biens du prieuré de Saint-Vivant-en-Amous jusqu’au XVII’ siècle.A cette époque la ville de Dole décida de fonder un collège sous la direction des Jésuites, le Collège de l’Arc, le plus beau après celui de La Flèche paraît-il.
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Mais il fallait le doter de revenus, et la ville de Dole jeta son dévolu sur le prieuré tout proche de Saint-Vivant-en-Amous, entre autres. Ce ne fut pas sans difficultés d’ailleurs, Saint-Vivant-sous-Vergy désirant garder ce riche prieuré et ce ne fut qu’après une lon­gue controverse qu’on arriva à une entente : l’abbaye indépendante jusqu’alors, de Notre-Dame de Losne serait rattachée à Saint-Vivant­sous-Vergy, lequel céderait Saint-Vivant-en-Amous aux Jésuites de Dole. Les revenus du Prieuré seraient destinés à l’entretien de quelques Jésuites français — la Comté était alors terre espagnole — et retour­neraient au Collège Saint-Jérôme dans le cas où les Jésuites quitteraient Dole.
Le Saint-Siège et les parlements des deux Bourgogne sanctionnè­rent ces dispositions en 1614.
C’est vraisemblablement à partir de cette époque que la chapelle
actuelle fut aménagée. Sa longueur diminuée, la façade et le clocher refaits comme le suggère la décoration du portail.

L’intérieur dut être seulement restauré gardant ses trois nefs, ses piliers carrés et évidés, ses voûtes d’arêtes et ses statues anciennes auxquelles s’ajoutèrent les bustes curieux de saint Ignace et de saint François-Xavier, un calvaire du XVII° siècle et un autel de style baroque.

Le XVIII° siècle vit la décadence complète du prieuré avec l’ex-pulsion des Jésuites hors de France vers 1765, puis la Révolution de 1789 et la sécularisation des biens du clergé. En 1791 les biens du prieuré furent morcelés et vendus en parcelles à des étrangers au pays qui devinrent ainsi de petits propriétaires.

Le premier cadastre de Saint-Vivant de 1812, porte encore la mention de « Pré du Prieuré » aux terres qu’on appelle communé­ment maintenant le « Pré Gaillard » et dénombre 751 parcelles pour le territoire.
Les bâtiments conventuels furent démolis et les pierres servirent vraisemblablement à des constructions particulières.
Il y a une cinquantaine d’années on pouvait encore voir une puissante construction accolée au côté nord de l’église aux murs épais comme ceux d’une forteresse et qui était occupée au début du siècle, sans doute, par les descendants des premiers acquéreurs — elle fut démolie et les pierres vendues, il en reste l’emplacement et quel­ques vestiges — de même qu’on peut encore imaginer le cloître, sur la surface plane et rectangulaire au nord du cimetière.

stvivant-en-amous

les dalles funéraires en avant du portail de la chappelle dévoilent les dimensions de l’ancienne église qui s’étendait sans doute au-delà des grilles du cimetière actuel, lequel devait être plus vaste aussi, car on a retrouvé par-ci, par-là, dans le passé, des ossements humains en labourant les champs environnants à plus de quarante mètres de rayon, paraît-il.
Quand au centre de population qui s’était formé autour du monas­tère au IX° siècle, il a donné naissance à un village dont la population n’a cessé de décroître au cours des siècles — des statistiques notent 120 habitants en 1790, 20 maisons en 1856 et bien des portes se sont fermées depuis — le vieux moulin a disparu, il ne reste, pour les initiés, que « la rue du moulin ».Enfin en 1824 l’administration en fit un hameau rattaché à la commune de Biarne, d’origine moins ancienne.Pourtant, contre toute attente, une sève nouvelle se remet à circuler et des constructions neuves surgissent un peu partout. Est-ce une renaissance ?…
Quoi qu’il en soit, ce petit village jouissait vraiment d’une vitalité singulière pour être encore signalé sur les cartes, après tant de dévastations, de razzias et de bouleversements, au cours des siècles.
Et comme le phénix, l’oiseau fabuleux, il semble renaître perpé­tuellement de ses cendres afin de témoigner de la résistance légen­daire comtoise au regard de l’histoire et des générations.

OUVRAGES CONSULTES

Chronique de Saint-Vivant, Ms 961, bibl. Dijon.
Antiphonaire de Saint-Vivant-en-Amous Biblioth. Dole.
Extraits d’Archives du Pas-de-Calais A255-1309.
TREVILLER Sequana monastica
Les abbayes de Franche-Comté.
D. PLANCHER
Histoire générale de Bourgogne.
L. GOLLUT
Mémoires historiques de la République séquanaise.
MARILIER Saint-Vivant-de-Vergy.
DHETEL
Abbaye de Notre-Dame de Losne et ses succursales.
BABET
Histoire de Champvans.
P. CAMP
Histoire d’Auxonne au Moyen Age.
PIDOU
Le vieux Dole.
ROUSSET
Dictionnaire historique géographique et statistique du Jura.